Ce whitepaper examine l'impact de la pharmacogénétique sur le traitement des troubles psychiatriques, en mettant l'accent sur l'optimisation thérapeutique et la réduction des effets secondaires. Il présente les avancées récentes dans ce domaine et leurs implications pour une médecine psychiatrique personnalisée.
Les troubles psychiatriques figurent parmi les principales causes d'invalidité dans le monde, affectant des millions de personnes et représentant un défi majeur pour les systèmes de santé.
Pourtant, la prise en charge médicamenteuse de ces pathologies reste souvent marquée par des échecs thérapeutiques, des effets secondaires et un recours fréquent à une approche à tâtons, par « trial and error ».
D'après l'étude STAR*D de Rush et Al, (2006) le taux de réponse au traitement antidépresseur initial est inférieur à 50%1, 2. Cette situation découle en partie de la variabilité interindividuelle dans la réponse aux traitements, influencée par des facteurs génétiques complexes33.
La pharmacogénétique étudie l'impact des variations génétiques sur la réponse aux médicaments et offre donc une solution prometteuse pour surmonter ces limitations. En identifiant les polymorphismes génétiques impliqués dans le métabolisme et l'action des psychotropes, elle permettrait d'adapter les traitements aux profils génétiques uniques des patients.
Dans ce contexte, le génotypage des enzymes du cytochrome P450 (CYP450) nous permet de mieux comprendre l'effet du corps sur le médicament, donc la pharmacodynamique. Nous pouvons aussi mieux cerner l'effet du médicament sur le corps, correspondant à la pharmacocinétique.
La combinaison de ces informations peut produire des informations précieuses permettant la prédiction de la réponse au traitement3, 4.
Cette approche vise à optimiser l'efficacité thérapeutique tout en minimisant les effets secondaires, ainsi que les coûts directs et indirects, ouvrant ainsi la voie à une psychiatrie de précision.
La pharmacogénétique offre une approche personnalisée du traitement psychiatrique, et pourrait grandement améliorer son efficacité.
Plusieurs méta-analyses5-13 récentes sont en faveur de l'utilisation des ces tests pharmacogénétiques pour guider le traitement de la dépression majeure.
Ces études retrouvent une amélioration significative du taux de rémission des symptômes dépressifs, et de l'amélioration symptomatique, par rapport aux soins standard5-13
Cela pourrait donc permettre une meilleure correspondance entre le patient et le médicament prescrit, réduisant ainsi les essais infructueux. Effectivement, l'utilisation de la pharmacogénétique pourrait faire gagner plusieurs mois entre 2 et 4 mois de vie en bonne santé27, 29.
Par exemple, la méta-analyse de M. Bunka et Al, (2023)5 comparant le traitement usuel au traitement guidée par la pharmacogénétique, qui comprend 10 études retrouve une amélioration significative de 46% de la rémission de la dépression (RR : 1.46 [1.02-2.08], IC 95%).
La pharmacogénétique pourrait être particulièrement intéressante chez les patients souffrants d'une dépression résistante. La méta-analyse de D. Arnone et Al, (2023)7 montre une amélioration clinique significative de 63%, (OR 1,63 [IC 1,19–2,24]) et une amélioration significative de la réponse de 46% OR 1,46 (IC [1,16–1,85]).
Dans le domaine de la schizophrénie, les résultats sont également prometteurs14-16.
Une méta-analyse de S. Das et Al, (2024)14 a montré que le traitement guidé par la pharmacogénomique améliorait significativement les scores sur l'échelle des symptômes positifs et négatifs (PANSS) par rapport au traitement standard. De plus, une étude randomisée de Z. Kang et Al, (2023)15 a révélé que l'intervention pharmacogénétique améliorait significativement la symptomatologie chez les patients souffrant d'un trouble schizophrénique (82,3 % (PGx) vs 64,9 % (TAU) à 6 semaines (IC 95 % [4,4 – 14,10] ; p = 0,001).
En ajustant les prescriptions en fonction du profil génétique du patient, la pharmacogénétique permettrait de réduire le risque d'effets secondaires liés aux médicaments psychotropes7, 11, 17-19.
La méta-analyse de J. Santella et Al, (2024)11 montre une réduction significative des effets indésirables de 35% (RR = 0.65 [0.52-0.82]) dans le groupe ayant bénéficié d'un test pharmacogénétique.
La pharmacogénétique pourrait, par le biais d'une prescription plus précise, aussi éviter une polymédication20, 21 ,32.
L'utilisation plus large de la pharmacogénétique pourrait diminuer la multiplication des prescriptions, ainsi que la iatrogénie médicamenteuse22.
En tant que psychiatre, nous observons bien souvent des arrêts de traitement du fait de la mauvaise tolérance. Nous pouvons donc espérer que l'amélioration de la tolérance permettrait un meilleur lien thérapeutique et donc un meilleur soin. Effectivement certaines études suggèrent que la pharmacogénétique pourrait améliorer la confiance envers le soin et l'adhésion23, 24.
L'application de la pharmacogénétique dans les soins psychiatriques peut générer des économies substantielles à long terme26, 32 en réduisant les dépenses liées aux hospitalisations20, 25, aux consultations répétées et aux traitements inefficaces.
Plusieurs études économiques ont démontré que les tests pharmacogénétiques sont rentables dans le cadre du traitement de la dépression majeure notamment.
Par exemple, 80% des études de la méta-analyse de S. Morris et Al, (2022)26 sont en faveur d'une rentabilité des tests pharmacogénétiques en psychiatrie.
Une étude menée dans le système de santé espagnol a révélé que ces tests réduisaient les coûts globaux de près de 1500€ par patient sur une période de 3 ans29, tout en améliorant les résultats cliniques29.
De même, dans le système de santé canadien, l'utilisation de la pharmacogénétique dans la dépression majeure pourrait permettre une économie de près 4926$ par patient, soit $956 millions sur 20 ans27 pour une cohorte de moins de 200 000 patients.
Les tests pharmacogénétiques peuvent représenter un coût initial supplémentaire. Cependant, ils semblent permettre d'éviter les dépenses liées aux traitements inefficaces et aux hospitalisations dues aux effets secondaires, ou à l'échec thérapeutique.